biographie


Vues de l'intérieur

Le regard de Marcel Gagnon porte loin. Au-delà des visages, des traits, là où irrévocablement mènent les rivières et les montagnes, à l'extrême limite de la lumière alors qu'elle se divise en fines particules, à la fois explosive et implosive. Aux portes de l'âme.

Marcel Gagnon, tel un capteur de rêves, ouvre des fenêtres sur l'intériorité et transpose subtilement sur la toile l'âme de ses sujets. Recherche-t-il les frontières de l'infini?

«Toujours, dit-il, j'ai gribouillé … dessiné et dessiné». Fils d'artiste, depuis toujours attelé à ses toiles et à ses pinceaux, Marcel Gagnon est surtout pastelliste mais maîtrise tout autant l'huile. Il a étudié avec le Frère Jérôme et aux Etats-Unis, dans les années 60, au Famous Artist School à Westport.

Ses débuts s'inscrivent dans une vaste galerie de portraits d'amis, de personnages et de sujets choisis: le courant doit obligatoirement passer entre l'artiste et son modèle. Ce qui n'a jamais empêché Marcel Gagnon de peindre qui l'inspire, connu ou non, comme ce splendide portrait d'Isabelle Adjani, peint à partir d'une revue. Où celui d'Armand Cardinal un de ses mentors, exécuté pour la bibliothèque municipale de Mont-Saint-Hilaire.

Simultanément la recherche de Marcel Gagnon le pousse à saisir l'âme des paysages de la région qu'il habite. Peintre d'atmosphère, on pourrait croire qu'il a charmé la lumière à la manière des impressionnistes. Ses paysages nous la rendent émouvante dans ces petites touches, lumière plus souvent douce et tendre, parfois éblouissante mais jamais crue.

Ces façons de peindre paysages et portraits auront une fin. Pour le peintre tout à coup, c'est l'impasse. À  cause d'ennuis sérieux de santé dûs à une inolérance aux pigments, l'artiste en profite pour explorer le monde de l'informatique et toutes les possibilités graphiques que ces nouvelles technologies offrent.

C'est ainsi que l'élan sacré reviendra chez Marcel Gagnon, en empruntant de nouvelles voies. Sa palette et ses lumières se ravivent sous l'influence de ces nouvelles ressources. Ce retour est important. Fortement influencé par les possibilités multiples que lui ouvre l'infographie, le peintre de l'âme retourne à sa recherche. Cette fois, c'est par fenêtres superposées qu'il explore les mondes intérieurs. Les nouveaux tableaux présentent leurs effets de couleurs, de clairs-obscurs et d'éclairage grâce à la sa maîtrise de l'ordinateur.

C'est la réflexion qui est longue, le temps qu'il faut pour se réchauffer l'âme. L'artiste se livre ainsi plus qu'autrefois. Le thème de la fenêtre, récurrent, ouvre l'espace, permet de multiplier les facettes de l'intériorité. Du paysage, on passe au personnage, le paysage étant intrinsèquement inscrit dans le sujet. C'est la musique du violoniste, le halo qui entoure la jeune fille.

Désormais, les âmes se livrent entourées de lumières quasi arachnéennes aux transparences d'une exquise finesse. Telle cette jeune fille des Deux mille et une nuits au regard inquiet. Que voit-elle tournée vers cet infini… Que voit donc Marcel Gagnon, de ses fenêtres ? Côté coeur , côté lumière du jardin des âmes.

Louise Chevrier
Journaliste et auteure

chloe sainte-marie